Wahbi Jomaa: Tous les partis politiques tunisiens doivent se reconstruire

Wahbi Jomaa, militant d’Ettakatol pour la circonscription France Sud et membre du bureau politique avant la tenue du Congrès du parti, a été élu, samedi 13 juillet 2013, président du Conseil national (CN), avec 91 voix, contre 49 en faveur de Mouldi Riahi. Le vote s’est déroulé lors de la première réunion du CN, issu du Congrès.

A presque cinquante ans, Wahbi Jomaa représente la relève d’un parti fragilisé qui tente de se restructurer pour les prochaines élections.

Contacté par le HuffPost Maghreb, le nouveau président du Conseil national ne cache pas son optimisme pour l’avenir du parti. Selon lui, une profonde restructuration a été entreprise dans toutes les sections, afin de reconstruire le parti sur de bonnes bases.

La crise de croissance des partis politiques après la révolution

“Après la révolution, les choses se sont faites de manière très rapide. Eu égard aux chiffres présentés par les partis politiques, la politisation des citoyens était dix fois supérieure à celle de la France. Les gens voulaient participer activement à la vie politique en étant adhérents plutôt que sympathisants.”

Pour Wahbi Jomaa, cet aspect exceptionnel de la période actuelle explique grandement les difficultés auxquelles de nombreux partis ont dû faire face: “Le PDP a vécu une scission lors de son dernier Congrès, ce qui a résulté sur la création de l’Alliance démocratique. Aujourd’hui encore, la fusion entre le PDP et Afek Tounes, qui a donné naissance à Al Joumhouri, est remise en question. Le CPR connaît les mêmes difficultés et quatre partis politiques ont été créés par les différents dissidents. Seul Ennahdha reste un bloc unifié”.

“J’aurais aimé trouver les moyens de les garder”

Wahbi Jomaa identifie deux types de démissionnaires au sein d’Ettakatol:

“Il y a ceux dont on n’entend pas parler et qui seraient partis dans tous les cas. Ces derniers ont adhéré dans une période d’effervescence préélectorale et cet engouement est progressivement retombé à la suite des élections. Et puis il y a ceux qui n’ont pas supporté le choix de travailler avec Ennahdha. Le parti islamiste est aux antipodes de nos convictions et ces démissions sont compréhensibles. Ceci étant, même si c’est pénible, ce choix a pesé, selon nous”.

“J’aurais aimé trouver les moyens de les garder”, avoue le nouveau président du Conseil national, exprimant son regret quant aux démissions de certains militants d’Ettakatol, parmi lesquels Selma Mabrouk et Sélim Ben Abdesselem.

Le choix de s’allier avec Ennahdha

Malgré les démissions et les critiques, Wahbi Jomaa estime que le choix de s’allier avec Ennahdha était judicieux. M. Jomâa considère en effet que le discours consensuel défendu dès le départ par Ettakatol a été repris par une grande partie de la classe politique, que ce soit “au niveau de la Constitution ou au sein du gouvernement”.

“On a eu la chance d’avoir une classe politique qui a pu dialoguer, avant la révolution et cela a créé un terrain favorable. On n’a pas le choix, on est obligé de discuter avec l’autre”

Mustapha Ben Jaâfar, l’homme du consensus, malgré des erreurs

Lors du Congrès d’Ettakatol, Mustapha Ben Jaâfar, fondateur du parti et actuel président de l’Assemblée nationale constituante, a été reconduit au poste de Secrétaire général. Selon Wahbi Jomaa, ce choix était celui de la légitimité et de l’union: “La personne de Mustapha Ben Jaâfar est celle qui unifie le plus le parti. Ce choix était celui d’une certaine continuité”.

Le président du Conseil national considère en outre que M. Ben Jaâfar a fortement contribué à la recherche de consensus. “Discrètement, il a arraché beaucoup de choses à Ennahdha”. Mais M. Jomâa porte également un regard critique sur Mustapha Ben Jaâfar, estimant qu’il a “commis une erreur” dans la gestion de l’Assemblée constituante.

“Il n’a pas voulu s’entourer du staff nécessaire pour la gestion d’une telle institution, parce qu’il est très préoccupé par les dépenses publiques”, justifie-t-il.

“D’autres manières de faire”

Lors des élections pour la présidence du Conseil national, Wahbi Jomaa est arrivé au second tour face au président du groupe parlementaire et un des fondateurs du parti, Mouldi Riahi. Vainqueur de ces élections, M. Jomaa salue l’arrivée d’une nouvelle génération à la tête du parti: “C’est un message structurel. Cette période va inspirer d’autres manières de faire”, déclare-t-il.

Le Congrès d’Ettakatol a permis grâce à une méthode de quotas, une plus grande représentativité des femmes, des jeunes et des régions. Quant aux membres fondateurs, ils feront automatiquement partie du bureau politique.

L’avenir d’Ettakatol

Après l’étape de la Constitution, Ettakatol mettra le cap sur les élections, en travaillant notamment à reconstruire sa base forte, de 10000 militants, affirme M. Jomaa.

Cette base, avoue le président du Conseil, observe un glissement conservateur, comme c’est le cas pour l’ensemble de la classe politique, soutient-il. “Personnellement, je pense que plus de 50% des votants en 2011 voteront différemment la prochaine fois”, conclut-il.

Monia Ben Hamadi

http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/16/wahbi-jomaa-ettakatol_n_3598236.html

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