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Orientations

Au service de la Tunisie, dans la tradition des valeureux martyrs de la libération, dans la lignée des militants qui se sont sacrifies pour la liberté et la Démocratie des l’aube de l’indépendance, en continuité avec les initiatives multiples engagées au cours des dernières années par les forces de démocratie et de progrès en vue de réaliser leur unité la plus récente de ces initiatives étant l’appel du 9 Avril 1993 ; nous annonçons la constitution du

FORUM DEMOCRATIQUE POUR LE TRAVAIL ET LES LIBERTES
L’évolution récente de la situation politique nationale et les dernières élections traduisent un retour en force de la culture de l’unanimité et la mainmise du parti au pouvoir sur tous les mécanismes de la vie publique. En conséquence les organisations politiques, syndicales, sociales et culturelles ont été marginalisées, noyautées et mises au service du parti-Etat ; cela constitue autant d’indices de risques, pour la société, de retomber dans l’engrenage des crises qui ont jalonné l’histoire des dernières décennies ; la plus récente qui a failli d’ailleurs la pousser dans le gouffre, remonte à fin 1987.
Le vide créé par la restriction des libertés d’expression et d’association, poussant de litiges franges de la jeunesse du pays et de ses élites à la démission et à l’indifférence, ainsi que l’exclusion des forces démocratiques et progressistes, ont engendre une situation éminemment propice aux surenchères et aux extrémismes. Aussi est-ce par devoir national que nous considérons aujourd’hui comme nécessaire de créer une organisation politique nouvelle, susceptible de répondre aux aspirations des forces démocratiques dans un espace aussi large que dynamique afin d’instaurer un dialogue loyal autour d’un projet de société adéquat conciliant les ambitions de notre peuple et les défis de notre époque ; nous arrêterons ainsi les dérives qui menacent l’équilibre de notre société et l’intégrité de notre pays.
Au seuil du XXI ème siècle, après trente huit ans d’indépendance, il apparaît de plus en plus urgent d’abolir les obstacles de droit ou de fait qui, au niveau des textes et de la pratique, empêchent la séparation des pouvoirs au sein de FEW et la distinction Claire et nette entre les rouages de l’Etat et l’appareil d’un parti quel qu’il soft. C’est seulement ainsi que nous pourrons avancer dans la voie de la concrétisation de l’Etat de droit et du respect du principe de l’alternance. C’est ainsi que nions consacrerons l’impérieuse nécessite dune égalité de traitement pour tous les citoyens, indépendamment de leur appartenance idéologique et sans discrimination ou exclusion.

L’absence des mécanismes permettant une réelle démocratie impliquant la participation active des citoyens à l’élaboration des choix essentiels et aux prises de décision, a conduit à focaliser la politique économique sur la réalisation des équilibres comptables internes ou externes négligeant, en dépit des résultats positifs enregistres, la question d’un développement global. Tout se passe comme si les grands équilibres macro-économiques ne constituaient qu’une fin en soi, comme si les mécanismes du marché pouvaient à eux seuls assurer le développement. Nous estimons qu’il est nécessaire d’entreprendre une évaluation sincère et sérieuse de la politique économique suivie pour en dégager les faiblesses et corriger la stratégie. Les impératifs incontournables étant de concilier les exigences de la restructuration avec les objectifs d’un développement global, de redéfinir le rôle de l’Etat dans cette perspective pour lui permettre d’assumer ses responsabilités dans les choix des priorités, de veiller à la réalisation de l’équilibre entre les différents secteurs et de réhabiliter les forces productives.
Les considérations qui précédent nous font un devoir d’affirmer que la politique de libéralisation économique ne peut coexister longtemps avec la réduction du champ d’action politique et la limitation des libertés publiques et individuelles, que la stabilité du pays n’est pas nécessairement liée à la monopolisation de la vie politique par le parti au pouvoir et ses satellites, que l’opposition, plutôt que d’être l’ennemi du pouvoir, repose sur des valeurs estimables et sur la conviction que chacun, pouvoir comme opposition, a un rôle à assumer, l’existence d’un contrepouvoir étant une garantie de stabilité et de paix sociale.
Attaches à mener notre action politique au grand jour, refusant toute forme de violence et condamnant le fanatisme et le terrorisme queues qu’en soient les motivations, nous choisissons la voie difficile, celle de construire une organisation politique nouvelle, et nous revendiquons notre droit légitime d’agir dans ce cadre conformément aux dispositions et garanties de l’article 8 de la Constitution.

Notre projet se résume autour des axes suivants :

  • Mobiliser les forces démocratiques et les forces du travail, qui souffrent actuellement de la dispersion et de la marginalisation, autour de l’élaboration d’uni projet d’alternative globale en vue de :
    Rompre avec l’héritage négatif du monopartisme et ses pesanteurs.
    Imaginer des articulations vivantes et dynamiques pour dépasser les dichotomies traditionnelles opposant le politique et le social, le social et l’économique, le culturel et le mercantile, le national et l’international.
    Concevoir une nouvelle structure de pouvoir propre à libérer les énergies latentes de notre société et à permettre à notre peuple de sortir de la résignation et de la démission pour prendre en charge son destin au moyen d’institutions et de représentations capables d’exprimer ses préoccupations pour le présent et ses aspirations pour 1`avenir.
  • Renforcer l’esprit d’ouverture et de tolérance dans notre société imprégnée des valeurs de la civilisation arabo-musulmane et l’insérer dans une dynamique d’échanges avec les forces de progrès dans le reste du monde pour faire face aux défis de l’avenir et rejeter toutes forme de sectarisme et de fanatisme.
  • Concrétiser l’Etat de Droit. Etat de tous les Tunisiens, permettant La reconnaissance des Droits de l’individu, la protection des Droits de l’homme et assurant la poursuite des efforts accomplis dans la voie de l’égalité entre toutes les composantes de la société, hommes ou femmes.
  • Renforcer la culture nationale par uni débat largement ouvert, capable de restituer au peuple l’initiative d’un projet culturel réconciliant notre enracinement civilisationnel et historique avec les progrès scientifiques et techniques contemporains, seule possibilité de contribuer à l’évolution de l’humanité.
  • Construire une société démocratique. Cette tache doit être considérée comme un objectif stratégique dont la réalisation présuppose l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, l’institutionnalisation de contre-pouvoirs a tous les niveaux, qu’ils soient constitutionnels, politiques, économiques, syndicaux, sociaux ou culturels ; cette délimitation des compétences au sein de la société est seule susceptible de favoriser l’émergence et l’épanouissement du civisme par une pratique intériorisée dans le vécu quotidien.
  • Abolir les obstacles qui entravent la liberté d’information et d’expression et transforment les moyens audiovisuels et de communication en instruments dociles au service du pouvoir et de son parti ; rompre le monologue et instaurer une information pluraliste exigent notamment une révision radicale du code de la presse, une démocratisation de l’acces aux médias et la réhabilitation des professions du journalisme pour les protéger contre les intrus et la médiocrité.
  • Institutionnaliser les voies politiques et pacifiques pour traiter les divergences ci les conflits, quel qu’en soit l’objet, et établir un dialogue permanent entre toutes les composantes de la société dans le respect du droit à la différence et des droits de la minorité, quelles que soient les situations afro de concrétiser une réconciliation nationale véritable.
  • Adopter une politique économique mettant la restructuration des rouages de l’économie au service du développement et de la justice sociale ; cette conception rejette le désengagement de l’Etat comme étant un déni de responsabilité et impose la généralisation de la transparence dans la gestion des deniers publics ; elle ouvre la voie a l’initiative nationale, encourage l’effort, récompense l’ innovation et la création et réhabilite la science et le savoir.
    La construction d’une économie nationale compétitive implique la participation effective des forces du travail ; elle doit être articulée en priorité vers la satisfaction des besoins essentiels de la population sur la base dune répartition équitable des ressources et des fruits de la production.
    Les mutations idéologiques et les nouveaux rapports, tant politiques qu’économiques, qui se dessinent à l’échelle mondiale, confèrent aux questions de démocratie et de Droits de l’homme une place essentielle dans ha conscience universelle, rejoignant ainsi les aspirations permanentes de tous les peuples.

En ce qui concerne notre environnement et notre prise, nul ne peut tuer que l’absence de ces valeurs a constitué et constitue l’une des causes essentielles de la crise dans laquelle se débattent les sociétés arabes, paralysant ainsi leurs forces vives et empêchant leur participation au progrès de l’humanité.
Si notre pays a assume plus dune fois un rôle de premier plan a travers sa longue histoire, il le doit avant tout aux qualités de son peuple qui a su faire preuve d’esprit de reforme, de tolérance et d’ouverture a l’universalité ; il ne peut renouer avec cette tradition et rayonner dans le Maghreb qu’en faisant droit aux aspirations de son peuple tout en se mettant au diapason de l’universel.
Nous sommes convaincus qu’a l’aube du XXIeme siècle et après 38 ans d’indépendance, la Tunisie avec son patrimoine civilisationnel, sa tradition militante et son capital humain est capable d’assumer une vie politique évoluée, respectueuse de la volonté du peuple et des droits des citoyens, de faire face aux défis de l’avenir et de participer à l’éveil rationnel du Monde Arabe dans un climat de liberté, de conscience de communauté de destin et de solidarité avec les pays en voie de développement dans leur lutte pour la liberté et le bien-être, contre toutes les formes d’exploitation et d’autoritarisme.

Tunis le 9 avril 1994