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Khelil Ezzaouia: L’ambiance politique dans le pays ne permet pas un débat national serein sur la retraite

Entretien avec M. Khelil Zaouia, ministre des affaires sociales (La Presse de Tunisie 22/07/2013)

C’est l’une des réformes les plus difficiles à mettre en place et elle est une des grandes priorités du gouvernement transitoire actuel et sans doute de ceux qui vont lui succéder. La réforme de la retraite et de la sécurité sociale en général est un impératif économique et social qui s’inscrit dans la durée partant d’une situation d’urgence. Tous les partenaires sociaux sont convaincus qu’il faut sauver les caisses sociales mais faut-il d’abord pour cela s’entendre sur les solutions et sans doute sur les sacrifices à consentir. Un débat national Ugtt-Utica-gouvernement demeure la seule issue pour parvenir à des solutions consensuelles. Ce qui n’est pas évident dans le climat de tension politique actuel. Le ministre des Affaires sociales, M. Khelil Zaouia, insiste sur le côté urgent de ces solutions et annonce pour le mois de septembre prochain le démarrage des négociations. 

On parle beaucoup, depuis un certain temps déjà, du projet de réforme de la retraite, mais rien de concret n’en est encore sorti. Où en est ce projet ? 

Le problème de la retraite est étroitement lié à l’état des caisses de sécurité sociale en général. Ce problème est posé depuis quelques années et particulièrement à la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale qui fait face à un déficit structurel. Des mesures transitoires d’augmentation des cotisations ont été prises, elles ont permis de gagner du temps en assurant une relative stabilité financière de la caisse pendant quelques années. Mais de nouveau la Cnrps est retombée dans le déficit. La Cnss n’est pas dans une situation aussi critique. Son déficit est conjoncturel mais selon une étude présentée en 2012, cette caisse risque une grave cassure à l’horizon 2020 à cause du nombre de plus en plus important des départs à la retraite. Donc, une réforme de la retraite ne peut être envisagée que dans le cadre d’une réforme globale de la sécurité sociale. Et cela n’est pas du tout facile.
 
Quelles sont les causes du déficit des caisses sociales?

 

Dans le cas de la Cnrps, le déficit structurel est inhérent à deux causes essentielles. La première est le changement démographique au sein de la fonction publique et des entreprises de l’Etat. On est passé de 5 à 6 actifs pour un retraité, il y a une vingtaine d’années, à 2,7 seulement. Pour assurer la stabilité du régime financier, il faudrait que le nombre des actifs soit multiplié par quatre. Cela n’est pas possible maintenant car l’Etat ne peut pas recruter 60.000 à 70.000 nouveaux fonctionnaires chaque année. La seconde cause est la générosité de ce système avec un départ à la retraite à 60 ans —ce n’est plus le cas dans les pays où le système de retraite est stable— et un panier de services important sans oublier le système de péréquation, c’est-à-dire le retraité bénéficie de toutes les augmentations de salaires et les indemnités qui sont accordées à l’actif. A la Cnrps, on a ainsi des retraites qui dépassent les 90% du salaire et parfois même le salaire du travailleur actif. Ailleurs, en France par exemple, pays réputé pour sa politique sociale, la retraite ne dépasse pas 60% du salaire. Dans d’autres pays, la limite est 50%. Le déficit (comptable) de la Cnrps atteint 166 MD actuellement. Nous avons dû injecter récemment 70 MD et il se peut qu’une seconde rallonge de 170 MD soit octroyée cette année à la Cnrps. S’agissant du régime général spécifique aux ministres, secrétaires d’Etat, députés, il est pris en charge par l’Etat et n’est pas prélevé du budget de la caisse, il n’a donc pas d’impact sur la caisse.

 

 

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