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Une culture nouvelle pour une capitale culturelle

Par Kamel Gargouri

Le choix de Sfax pour être la capitale de la culture arabe en 2016 est venu couronner avec succès un processus de candidature, qui en se basant sur l’histoire, le présent et surtout le potentiel de la ville et de la région a su convaincre. Après la révolution Sfax s’est activée suite à la fissuration de la chape de plomb de la centralisation et de la stigmatisation. Elle s’est portée candidate pour l’organisation des Jeux Méditerranéens de 2021 en forçant la main au pouvoir central qui n’a pas hésité à saboter cette candidature faute de pouvoir la stopper. Elle a organisé grâce au dynamisme de sa société civile, de ses entreprises et de ses citoyens des événements majeurs tant dans le domaine sportif que culturel. Mais ces événements son quasiment passés sous silence par les médias nationaux qui ne continuent à s’intéresser qu’a ce qui se passe à Tunis et sa banlieue ou aux événements organisés à partir de Tunis ou à connotation touristique classique.

C’est alors que Sfax s’est inscrite sur la liste préliminaire du patrimoine mondial de l’humanité, elle a organisé des marathons internationaux, des triathlons, des compétitions mécaniques, des festivals de musique de haute qualité et j’en passe, tout ce ci pour déposer cette candidature afin d’être capitale de la culture arabe dans son contexte.

Et voilà que la fissure post-révolution s’est vite colmatée et que la centralisation a repris ses droits faussement légitimes et que la stigmatisation repointe le bout de son nez pour qu’une journaliste se permette d’écrire dans un quotidien de la place que si Sfax veut organiser les Jeux Méditerranéens c’est aux sfaxiens (ceux qui habitent à Sfax) de se les payer et ce n’est pas aux contribuables d’en supporter le coût !! Les citoyens de Sfax sont de bon contribuables, c’est de notoriété publique, mais ne peuvent donc pas bénéficier de la redistribution, sauf peut être pour quelques miettes.  S’ils veulent mieux, qu’ils se débrouillent hors des projets de l’état ! Voilà l’état d’esprit que dessine cet article et c’est malheureusement douloureusement vrai ! C’est cet état d’esprit qui continue de sévir pour hypothéquer les chances de succès de Sfax Capitale de la Culture Arabe 2016. Tout ceci en faisant fi de tout l’espoir et la fierté que ce type de projet/manifestation fait susciter aux citoyens.

Tout ce qu’il faut pour tracer un objectif commun qui fédère les efforts pour un idéal partagé c’est de créer une dynamique qui fait travailler les gens, qui bâti l’avenir et faire de la Tunisie à travers Sfax, pour et par cette manifestation, une des destinations privilégiées dès 2016 et un sujet de conversation dans les sphères de la culture arabe et internationale.

Cet événement pourrait, en effet, faire avancer Sfax vers l’idée d’une métropole arabe et méditerranéenne tant convoitée et remettre la Tunisie dans le centre des mondes arabe, africain et méditerranéen, une position de trait d’union qu’elle a joué pendant des siècles pour devenir un hub culturel et commercial. Mais voilà cet éclat a été terni et on se refuse de profiter de l’une des occasions qui se présentent, et pas des moindre, tout simplement car c’est Sfax et parce que cela n’a pas été décidé par Tunis.

Sfax Capitale de la Culture Arabe 2016 est considérée par “Tunis” comme un événement régional et non international. Aucun conseil ministériel dédié n’a été organisé, le comité de pilotage regroupant 7 ministres ne s’est même jamais réuni, le comité d’organisation à Sfax a été nommé par le ministre de la culture sans aucune concertation régionale. Le budget de 10 million de dinars (insuffisant pour ce type de manifestation) à été décidé par le ministère d’une manière forfaitaire et non encore transférer à la ville. La municipalité de Sfax, la ville, a été écartée sciemment de tout le processus post candidature pour des raisons que je suppose politiques. De ce fait, les institutions nationales étant démissionnaires et les institutions locales étant écartées, le comité avançait sur des sables mouvants. Un budget inférieur à ce que le ministère dépense pour les festivals annuels de Tunis et une couverture médiatique nationale quasi absente, voilà la considération donnée à cet événement international par essence.

Malheureusement à Sfax aussi on se retrouve à considérer Sfax Capitale de la Culture Arabe 2016 comme un événement régional. C’est du à une déformation forgée durant des décennies par le poids de la stigmatisation. Nous nous retrouvons à vouloir profiter de l’occasion pour colmater un tant soit peu le déficit d’investissement laissé par le pouvoir central. Nous nous retrouvons à vouloir bâtir une médiathèque, aménager un plan d’eau, réhabilité une ancienne école … pour recréer des espaces de vie. Nous nous retrouvons à quémander un peu plus d’aumône de l’état pour des projets qui auraient dû être réalisés par l’état (puisqu’il ne laisse aucun pouvoir et peu de moyens pour les collectivités locales) depuis longtemps. Sfax se retrouve en 2016 sans théâtre (fermé pour rénovation) et avec deux salles de cinéma dans un stade de délabrement avancé. En pensant à un événement d’envergure internationale, nous aurions pu penser à l’image de Sfax, à sa notoriété et son attractivité. Nous aurions pu utiliser les fonds pour affréter des avions pour relier l’aéroport de Sfax (autre exemple de l’abondant de Sfax) aux capitales arabes et ramener des femmes et des hommes de culture, pour organiser des manifestations dignes d’une capitale culturelle, pour remettre Sfax dans le giron des métropoles méditerranéennes en tant que plateforme de rencontre des civilisations qu’elle a été. En somme nous aurions pu utiliser les fonds pour réaliser les objectifs premiers de Sfax Capitale de la Culture Arabe 2016.

Nous sommes le 2 mai 2016, mais je reste confiant que si les priorités reprennent leur ordre naturel, il est encore possible aujourd’hui de faire de Sfax une vraie Capitale de la Culture Arabe.

Kamel Gargouri

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