BCE : Au constat d’inaptitude à réformer, on démissionne par dignité

Fayçal Bekri, membre du Bureau Politique d’Ettakatol

Nous sommes tous consternés par la tournure mélodramatique que prend le bras de fer à la tête de l’Etat, qui se résume entre la ruse incarnée par Chahed et l’intrigue illustrée par BCE.
Depuis que Nidaa et l’UGTT, deux des quatre parrains de l’accord de Carthage, ont renié celui-ci, il n’y a rien de plus logique que BCE demande à ce que Chahed sollicite une nouvelle légitimation à l’ARP, via l’activation de l’article 98 de la constitution. 
Mais on en serait pas là, si BCE qui se targue de connaître sur le bout des doigts la mécanique institutionnelle de la 5ème république française (sa référence) avait fait comme De Gaulle et Mitterrand. 
C’est ainsi qu’il lui a certainement échappé, un usage étrenné par le premier et repris par le second. Qui veut, qu’à toutes fins utiles, le président élu demande au premier ministre, qu’il aura choisi, une démission anti-datée. 
Pour le cas où…
Pourtant, des politiciens aussi madrés que Debré, Pompidou, Couve de Murville (sous la présidence de De Gaulle) et Mauroy, Fabius, Rocard (sous celle de Mitterrand) sont tous passés sous les fourches caudines de cette règle non écrite, devenue coutume.
BCE aurait dû s’entourer de cette précaution, mais il a sous-estimé Chahed, pensant que celui-ci, dépourvu de toute légitimité électorale et de vécu politique n’osera pas, le moment venu, s’affranchir ou faire preuve d’un manque de loyauté envers sa personne.
Après la catastrophe naturelle qui a submergé et meurtri tout le cap bon, nous voilà donc, sans transition, rivés au spectacle aussi affligeant qu’inouï qui se déroule à la tête de l’exécutif. Celui de l’affrontement entre deux personnalités issues d’un même parti. 
D’un côté, un président de la république dont la marge de manœuvre s’est considérablement rétrécie et qui multipliant les sorties télévisées ratées, a discrédité sinon dévalué la fonction présidentielle. Ce qui au demeurant, dans la perspective des futures échéances électorales, est du pain béni pour Ennahdha, grand adepte du parlementarisme. 
Et de l’autre, un chef de gouvernement, fort d’un modeste bilan, qui n’a plus d’autre ambition que celle de durer le plus longtemps possible. Faute de pouvoir gouverner. Nommé chef du gouvernement d’union nationale sur la base d’un accord quadripartite impliquant deux partis et deux organisations nationales (les autres étant des faire-valoir), il tente de s’accrocher à son siège, alors qu’il n’a plus les faveurs que de deux d’entre eux. 
Ce qui n’est pas peu. Et qui en dit long sur l’esprit démocratique du personnage.
Récemment, lors d’une énième conférence creuse sur les investissements et véritable miroir aux alouettes, il déclarait qu’on ne laissait pas son gouvernement travailler pour qu’il puisse obtenir des résultats. Allusion à la guerre larvée que lui mène l’UGTT. Pourquoi ce constat ? Celle-ci avait t’elle laissé travailler les gouvernements Jebali, Laaraiedh, Jomaa et Essid ? 
Sous d’autres cieux, lorsqu’on vient à ce constat d’inaptitude à reformer, on démissionne par dignité. Ou alors on pose la question de confiance devant la souveraineté parlementaire.
C’est exactement ce que lui demande celui qui l’a investi chef de gouvernement.

Par Fayçal Bekri, membre du Bureau Politique d’Ettakatol

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